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Foi-science comparée

Mais, disions-nous, qu'est-ce que Dieu veut de l'esprit humain? Grande question, que je n'aborde pas ici tout entière. Je poursuis ces conseils pratiques. Il est vrai qu'ils nous mènent à considérer un côté, fort important pour nous, de cette question.

Je vous ai dit que, quand un homme se donne vraiment à Dieu et devient son disciple, Dieu le pouse à une oeuvre, le salut du siècle où il vit. Dieu lui montre le monde malade, couché dans les ténèbres et la souffrance; il lui donne le regard du christ pour en sonder les plaies, et quelque chose du coeur du Christ pour les sentir: puis il lui dit, au fond du coeur: "Il y a peu d'ouvriers".

Quand l'homme comprend et se décide à devenir un ouvrier, un de ces "ouvriers dont parle le prophète, qui travaillent sur les nations", qui fortifient leurs frères, et que Dieu suscite quelquefois pour sauver un siècle ou un peuple, alors Dieu lui inspire, par la compassion et l'amour, l'intelligence, ou instinctive ou développée, de l'oeuvre à entreprendre.

Or, aujourd'hui, quelle est la plaie et quelle est l'oeuvre? Il n'est pas nécessaire d'être prophète pour le savoir, Jésus-Christ dit aux hommes dans l'Evangile: "Vous savez bien prévoir le beau "temps ou l'orage; hypocrites! pourquoi ne "connaisez-vous pas aussi les signes des temps? "

Vous donc qui voulez devenir ouvrier parmi les hommes, rendez-vous attentif aux signes des temps qui s'aperçoivent.

Mais, d'abord, qu'attendez-vous de la mache de l'humanité sur la terre? Vers quel avenir va le monde? Comment finira-t-il?

Pour moi, je crois que le monde est libre et finira comme il voudra. Le monde finira comme un saint, comme un sage, ou comme un méchant: peut être comme une de ces âmes insignifiantes et iutiles que Dieu seul peut juger. Tout est possible. L'humanité est libre. Il n'y a pas d'article de foi sur ce point. La seule chose qu'en ait dite le Christ, si toutefois j'entends bien ses paroles, est une question qu'il a posée sans la résoudre. "Quand le fils de l'homme reviendra, dit-il, pensez vous qu'il trouve encore de la foi sur la terre? " Il semble que, sur ce sujet, le doute est la vérité même.

Or, je ne sais si vous sentez ceci comme je le sens, mais ce doute m'électrise. Le doute énerve d'ordinaire; ici il vivifie, il transporte. Oui, il se peut que sur la face de cette terre, comme fruit de tant de larmes et de luttes, le bien l'emporte enfin, que le règne de Dieu arrive, et que sa volonté soit faite en la terre, comme au ciel. Il se peut que l'histoire finisse par une moisson. Et il se peut aussi que tout finisse par la stérilité, comme la vie du figuier maudit; que, comme on voit des hommes, épuisés de débauche et perdus de folie, mourir avant le temps, le monde aussi vienne à mourir avant le temps, épuisé de de débauche et pedu de folie. Il se peut que la justice et la vérité soient vaincues, et rentrent dans le sein de Dieu en maudissant la terre qui aura refusé de donner son fruit. or, vous savez qu'aujourd'hui, parmi nous, bien des esprits découragés soutiennent qu'il en sera certainement ainsi. D'autres, étrangement confiants, déclarent qu'il en sera, sans doute, tout autrement, et que le bien doit triompher sur terre. Moi, je l'ignore, et je ne sais qu'une seule chose, c'est que l'humanité est libre et que l'homme finira comme il voudra. Je sais que vous, moi, chacun de nous, nous pouvons ajouter nos mouvements et notre poids au mouvement de décadence qui nous emporte vers l'abîme, ou bien, au nom de Dieu, et en union avec le Christ, travailler à sauver le monde, et à redresser, en ce moment même, la direction du siècle et de l'histoire, si elle est fausse.

Mais, je vous le demande maintenant, et ceci est la plaie du siècle, qu'est-ce qui nous manque à tous pour cette oeuvre?

Il nous manque la foi.

Si vous aviez de la foi, seulement comme un grain de sénévé, a dit le Christ, vous transporteriez les montagnes, et rien ne vous serait impossible. Or, qu'est-ce qui croit maintenant que rien n'est impossible? Qui est-ce qui croit qu'on peut transporter les montagnes, qu'on peut guérir les peuples, faire prédominer la justice dans le monde, et, dans l'esprit humain, la vérité? Où sont-ils, ces croyants?

La foi manque dans ceux qu'il faut sauver, et l'on ne peut pas les saisir; et la foi manque dans ceux qui veulent ou croient vouloir sauver les autres, et ils n'ont pas la force d'entraîner ceux qu'ils auraient saisis.

Quand le Fils de l'Homme reviendra, pensez-vous qu'il trouve encore de la foi sur la terre?

Je le vois, nous sommes sous le coup de cette question. Voilà la plaie.

"Seigneur, augmentez-nous la foi." Voilà donc la prière qu'il faut faire, et l'oeuvre à laquelle il faut nous attacher.

Mais comment?

A. Gratry, Les sources, Pierre Téqui, Paris, 1909, pp 61-65.

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